La gestion des réserves foncières de l’État s’invitera-t-elle au cœur des débats municipaux à Cocody ? En sa qualité d’administré de la prestigieuse commune abidjanaise, le député-maire de Tiassalé, Assalé Tiémoko Antoine, a adressé une lettre ouverte particulièrement incisive à Jean-Marc Yacé, le maire de Cocody. L’objet du grief : la spoliation présumée d’une réserve administrative à Akouédo Palmeraie destinée à bâtir une école primaire publique.
À la suite d’échanges approfondis menés sur le terrain le lundi 25 mai dernier avec le syndic et la jeunesse locale, Assalé Tiémoko a dressé un bilan préoccupant pour ce secteur qui abrite plus de 10 000 habitants. Le quartier souffre d’une absence totale d’école primaire publique, obligeant les parents à scolariser leurs enfants dans le privé au prix de lourds sacrifices financiers.
Plus grave encore, le terrain initialement réservé par l’État pour accueillir cette infrastructure scolaire est aujourd’hui sorti de sa vocation publique et se trouve occupé par des constructions privées.
« Il n’appartient pas au gouvernement de faire le travail du maire »
Face à l’inertie des services de la mairie et du ministère de la Construction, Assalé Tiémoko rappelle fermement les prérogatives et les responsabilités constitutionnelles d’un premier magistrat de commune. Pour lui, la défense du patrimoine foncier communautaire relève de l’autorité exclusive du maire :
« Monsieur le Maire, si des contraintes budgétaires peuvent expliquer un retard dans la réalisation d’une école primaire (…), elles ne sauraient justifier l’absence de protection d’une réserve foncière destinée à un équipement public essentiel. (…) Il n’appartient pas, dans ce genre de situation, au gouvernement, de faire le travail du maire à sa place. »
Le député-maire demande l’ouverture immédiate d’une enquête technique. Si aucun déclassement légal n’a été signé (un acte qui requiert obligatoirement l’avis du maire), il exige la libération immédiate du site par le biais d’un déguerpissement des occupants illégaux.
Pour démontrer qu’une action politique ferme est possible face à l’accaparement des terres, Assalé Tiémoko cite sa propre expérience de gestion locale en tant que maire de Tiassalé :
| Contexte à Tiassalé (2019) | Action menée | Résultat aujourd’hui |
| Une réserve administrative de 4 hectares destinée à un collège public avait été irrégulièrement morcelée, lotie et vendue à des tiers. | Vérification des registres, constat de l’absence de déclassement légal et ordre de déguerpissement immédiat des occupants. | Le site abrite désormais le Collège Moderne I de Tiassalé, garantissant l’accès à l’éducation publique. |
Pour l’élu de Tiassalé, ce dossier dépasse le simple cadre d’Akouédo Palmeraie. C’est un test de fermeté et de crédibilité pour l’équipe municipale de Cocody. Récupérer ce terrain enverrait un avertissement clair aux réseaux d’intérêts et aux opérateurs immobiliers qui s’adonnent au grignotage des espaces publics sur l’ensemble du périmètre de la commune.
Cette interpellation publique met sous pression la mairie de Cocody. Alors que les populations attendent des réponses concrètes sur l’avenir éducatif de leurs enfants, le maire Jean-Marc Yacé est invité à clarifier la situation juridique de cette parcelle. Reste à savoir si l’édile de Cocody choisira de suivre la méthode rigoureuse préconisée par son homologue de Tiassalé.
Austin KOFFI
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