Charles Blé Goudé, président du Congrès Panafricain pour la Justice et l’Égalité des Peuples (COJEP), a prononcé un discours cinglant, attaquant de front la légitimité de la Constitution actuelle et l’inconstance de certains leaders politiques ivoiriens. Son intervention met en lumière un « combat de principe » qu’il mène, rappelant des moments cruciaux de l’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire.
Blé Goudé revient sur le processus ayant mené à l’adoption de la Constitution actuelle, un moment où il était lui-même incarcéré. « (…) Moi, j’étais en prison quand ils ont organisé le référendum sur la Constitution. J’ai dit que c’était dangereux, parce que pourquoi n’a-t-on pas simplement modifié la Constitution au lieu de faire un référendum ? La modification nous maintenait dans la même République, alors que le référendum nous faisait entrer dans une nouvelle République. »
Pour Blé Goudé, le choix du référendum plutôt que d’une simple modification n’était pas anodin. Il l’interprète comme un basculement délibéré vers une « nouvelle République », impliquant potentiellement une rupture avec des principes ou des équilibres établis. Cette vision met en garde contre les implications profondes d’un tel changement fondamental, bien au-delà de la simple révision d’un texte.
Le cœur de la critique de Blé Goudé réside dans le revirement de position de certains acteurs politiques majeurs. « Comment comprendre que, quelques années plus tard, ces mêmes personnes viennent dire qu’elle est mauvaise ? C’est ce revirement qui me pose problème (…). »
Il pointe du doigt des leaders qui, après avoir soutenu et même fait campagne pour cette Constitution, la critiquent aujourd’hui. Il cite explicitement le PDCI-RDA et Guillaume Soro (GPS) comme ayant été des soutiens actifs de cette Constitution. Pour Blé Goudé, cette versatilité est non seulement incompréhensible mais aussi préjudiciable à la crédibilité de la classe politique.
Blé Goudé établit un lien direct entre cette inconstance et l’un des sujets les plus controversés de la politique ivoirienne récente : le « troisième mandat ». « On n’en serait pas arrivés au troisième mandat si certains avaient pris leurs responsabilités. Mais ils se sont dits : “ça nous arrange”. (…) Voilà aujourd’hui où elle nous a menés. »
Il accuse ces leaders d’avoir fait des calculs politiques à court terme (« ça nous arrange ») plutôt que de penser aux conséquences à long terme de leurs actions. Selon lui, c’est ce manque de vision et de fermeté de la part de ceux qui étaient en position de s’opposer, alors que lui et le Président Laurent Gbagbo étaient en prison, qui a ouvert la voie à une situation perçue comme un abus de pouvoir constitutionnel.
Blé Goudé se positionne comme un homme de principes, refusant de compromettre ses convictions pour des intérêts momentanés. « Moi, je mène un combat de principe. Si ceux que je viens de citer, pendant que le Président Laurent Gbagbo et moi étions en prison, avaient dit non à cette Constitution, on n’en serait pas là aujourd’hui. Nous payons les conséquences de leur inconstance, c’est la vérité. »
Il conclut en dénonçant la réaction de ceux qu’il interpelle. Lorsqu’il leur rappelle leur « inconstance », il se retrouve paradoxalement stigmatisé : « Et quand tu ne t’associes pas à eux, que tu leur rappelles leur inconstance, tu deviens le traître, l’homme à abattre. »
Cette déclaration est un appel à la cohérence et à la responsabilité politique, invitant à une réflexion profonde sur les choix faits dans le passé et leurs répercussions sur le présent et l’avenir de la Côte d’Ivoire. Le discours de Blé Goudé résonne comme un cri d’alarme contre les compromis politiques qui, selon lui, ont mené le pays à des impasses.
Quel sera l’impact de ce réquisitoire sur le débat politique ivoirien à l’approche de 2025 ?





























