En Côte d’Ivoire, l’application rigide des textes de loi se heurte parfois brutalement au quotidien des populations. La question de l’encadrement et des restrictions sur l’aménagement des puits et des forages privés remet en lumière ce fossé persistant entre la législation et le niveau de développement réel du pays.
Pour des millions de foyers ivoiriens, le forage artisanal ou privé n’a rien d’un luxe superflu. Il s’impose comme une alternative de première nécessité. Face aux coupures d’eau intempestives, aux baisses de pression chroniques ou à l’absence totale de raccordement au réseau de la SODECI dans de nombreux quartiers périurbains, villages et campements, les populations n’ont d’autre choix que d’investir dans leurs propres infrastructures.
Vouloir restreindre, taxer ou interdire ces installations privées sans offrir d’alternative fiable revient à ignorer la vulnérabilité hydrique dans laquelle se trouvent encore de nombreuses familles.
L’esprit d’une loi sur la gestion des ressources en eau répond à des impératifs environnementaux et sanitaires légitimes. Toutefois, l’ordre des priorités suscite de vives critiques au sein de l’opinion publique :
-
La priorité du service public : Le rôle premier de l’État doit être d’assurer une couverture intégrale du territoire en eau potable de qualité.
-
La réalité des infrastructures : Tant que des pans entiers de la population n’ont pas accès au robinet, entraver les solutions palliatives aggrave la précarité des ménages.
-
L’adhésion citoyenne : La contrainte légale ne devient acceptable et comprise que lorsque l’alternative publique est fonctionnelle et accessible à tous.
Si la préservation des nappes phréatiques demeure un enjeu collectif majeur, la méthode d’application des politiques publiques doit s’adapter aux contingences sociales. Rendre la réglementation trop contraignante avant d’avoir comblé le déficit d’infrastructures risque d’alimenter un sentiment d’injustice.
Pour que la loi soit respectée et efficace, l’effort doit d’abord porter sur le renforcement du réseau de distribution d’eau potable sur l’ensemble du territoire national. Une fois ce service garanti à chaque foyer, la régulation des forages privés deviendra une mesure d’intérêt général naturellement acceptée.




































