“ENTRE JOIE ET ÉPREUVE DE FOI ” Je contactai une boîte pour laquelle j’avais travaillé en 2017. L’attente pour être positionné à un poste de sécurité fut un peu longue. Les agences de sécurité, en général, celles qui sont tolérantes, cherchent à positionner les Agents à des postes qui les arrangent par rapport au déplacement et au transport. Comme j’habite à Angré-Oscar, mon chef m’appela un jour pour me dire qu’il me positionnait à La Paroisse Saint Jean de Cocody. Ma première réaction était de me demander, une question destinée à Dieu, en fait : « Mon Dieu, qu’est-ce que cela signifie ? » C’est vrai que je voulais travailler un peu. Mais, un musulman, gardien dans une église ? Cela m’a paru un peu bizarre. Aussi, j’étais enthousiaste à l’idée de travailler à un endroit où il y avait du monde. Cela me permettrait d’apprendre beaucoup sur la gestion des hommes.En fin de compte, j’étais heureux d’y travailler. En voulant savoir ce que mes parents en pensaient, je dis à Papa : « Papa, j’ai eu un poste de travail à la Paroisse Saint Jean ». Ma mère s’est exclamée à cette idée. Tous deux ont convenu, au final, que c’était un intéressant. Et à mon père de dire : « Les Chrétiens seront honorés que tu travailles chez eux alors que tu es musulman. D’ailleurs, si ton heure de prière arrive, mets ton tapis de prière dans l’église pour prier. Cela n’a rien de dérangeant ». On a rigolé à cette idée un peu trop osée. J’étais très heureux de travailler à La Paroisse Saint Jean. Chaque jour que j’y ai passé était des moments de joie et de fous rires. Je me sentais tellement heureux d’organiser une messe catholique, bien qu’étant musulman. J’ai utilisé le verbe « organiser ». Je prends le soin de le choisir en lieu et place de « célébrer ». L’organisation de la messe est un travail qui m’incombe en tant que vigile à la paroisse. Du point de vue pratique, il s’agissait des indications à donner aux fidèles en les installant dans les différents lieux et salles aménagés pour les messes. Mon travail a coïncidé avec la pandémie de la Covid-19. De fait, de nombreux aménagements étaient nécessaires, non seulement, pour que chaque fidèle puisse célébrer sa messe, mais aussi, pour qu’ils puissent contenir tous dans l’église. Pour ce faire, je devais m’assurer que le nombre de fidèles respecte les mesures barrières données par le gouvernement. Soit 200 ou 50 personnes selon les recommandations du gouvernement.J’étais heureux de faire ce travail. Chaque instant était de purs moments de joie. J’ai tellement aimé exercer ce métier de vigile, de portier. J’ai tellement aimé me réveiller chaque matin pour être à mon poste à 6h00. Dès que j’arrivais, je me changeais et portais ma tenue de sécurité dans notre guérite. Une tenue de couleur jaune-gris. Et j’allais à la porte pour gérer le flux de fidèles qui arrivaient pour la messe de 6h. Je m’assurais qu’ils lavaient tous leurs mains ou les désinfectaient avec du gel hydroalcoolique. Ils devaient se diriger à l’église ou dans les autres salles aménagées si l’église était pleine.J’étais si heureux de courir pour ouvrir le portail, filtrer les entrées des voitures pendant les jours d’affluence. J’ai particulièrement apprécié la célébration des messes de requiem, où il fallait gérer un flux important de fidèles dans la période de la pandémie de la Covid-19. Je me suis senti si joyeux à chaque fois que je partais puiser de l’eau pour remplir le dispositif du lavage de mains lorsqu’il était vide. J’ai été immensément heureux de travailler à la Paroisse Saint Jean en tant que vigile. Je passais des purs moments de bonheurs à travailler sous la pluie qu’elle fût grande ou fine, que je fusse avec un parapluie ou que je passasse toute la journée étant mouillée par la pluie. C’était tellement merveilleux, si inspirant et tellement bien de se sentir utile. Je plongeais souvent dans une sérénité absolue lorsque la paroisse se vidait et que je vigilais en faisant le tour de l’enceinte de celle-ci ou pendant les moments où je lisais pour passer le temps.Lorsque je publiais mes photos en statut où j’apparaissais en tenue de sécurité, je rigolais beaucoup avec mes amis qui n’en revenaient que j’exerçasse ce métier avec le niveau universitaire que j’ai. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est, non seulement le soutien de mes parents, mais aussi de mon encadreur Professeur Toh Bi Tié Emmanuel. Lorsque je lui ai dit que je faisais du djossi en raison de ce que la phase correction de mon travail de recherche est encore plus relaxe et sans pression, il a tout de suite admis cette idée. Il voyait, là, l’occasion, pour moi d’investir encore plus dans ma carrière d’écrivain et de développer de nouvelles idées d’investissement. Et, je n’en ai pas du tout manqué. Avec ma paye, j’ai créé une entreprise, une S.A.R.L-U, pour être précis. J’ai mis en place ma maison d’édition, Les Éditions du Makri. Aujourd’hui, je suis Directeur Général, pour ne pas dire Propriétaire d’une Entreprise.J’étais particulièrement heureux d’être appelé « Vigile » ou « Vigile-Intello » pour d’autres. En fait, l’histoire est que je cachais mieux mon niveau universitaire en adoptant le langage de rue avec les djosseurs de nama, en jouant les ignorants quelquefois. Et pendant un bon moment, j’ai joué le jeu jusqu’à ce que les paroissiens commencent à s’interroger sur ce que je fais à part être vigile, puisqu’ils me voyaient tout le temps lire un livre. Je leur dis la vérité, alors. Ils s’en étonnaient, et commençaient immédiatement à faire attention à moi. Du genre, respectueux envers ma modeste personne. Le comble était lorsque j’accompagnais à la librairie Carrefour Siloë une de nos Mémés, très gentille avec nous, mes collègues-vigiles et moi. Lorsque nous sommes entrés dans la librairie, et qu’elle eut fini de faire ses achats, je lui proposai d’acheter un de mes livres intitulé Le soleil de la solution, en vente à la librairie. J’insistais sur le plaisir que cela me procurerait, si elle prenait un exemplaire en guise de souvenir, puisqu’elle devait retourner en France, à Bordeaux. Lorsque je lui apportai un exemplaire du livre, elle s’exclama : « c’est toi qui a écrit ce livre ? ». Oui, Mémé, lui ai-je répondu en montrant mon nom et ma photo sur la quatrième de couverture.Elle n’en revenait pas. Et la nouvelle envahit la paroisse en plus de ce que Vincent, le chauffeur du Curé avait déjà acheté un exemplaire. L’un des photographes de la paroisse n’a jamais cessé de m’admirer et de me respecter jusqu’à ce que quitte la paroisse. J’avoue que cette situation me gênait beaucoup. Il a dit des mots d’humilité que je n’oublierais jamais : « Mon petit, on dit tu as écrit un livre. J’ai vu. Si c’était quelqu’un d’autre, il allait crier sur tous les toits qu’il est écrivain. Mais, toi tu n’as pas fait cela. Tu vas devenir un grand homme, un jour ». C’est l’idée. C’est un peu ce que Mémé a dit lorsqu’elle l’a découvert. Ce que je crois, c’est que quand on connaît sa valeur et qu’on poursuit un objectif précis, on ne se préoccupe pas du chemin, moralement bon, qu’on emprunte.J’ai travaillé à la Paroisse Saint-Jean de Cocody en tant que vigile pendant quatre mois, d’Avril 2020 à Juillet 2020. Je me souviendrais toujours de ces moments avec joie. Parce qu’il s’agit de l’un des plus beaux moments de ma vie. La joie d’exercer ce modeste métier, malgré mon niveau universitaire, à déboucher sur la création d’une entreprise, une maison d’Édition, LES ÉDITIONS DU MAKRI.CISSE Cheick IbrahimDoctorant en Poésie Négro-africaineUniversité Alassane OuattaraÉcrivain, Poète, SlameurAncien vigile de la Paroisse Saint-Jean de Cocody”

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