Candidat à la présidentielle d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire.

Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Chers amis de la Côte d’Ivoire.

Le lieu et le caractère du message que j’ai coutume de vous adresser en cette circonstance de fin d’année ne sont pas habituels, vous le remarquerez. La destinée, certainement, m’y contraint et malgré le mal-être qui m’étreint en ce moment, je considère ce devoir comme une dette d’honneur à l’endroit de ces nombreux ivoiriens qui m’ont toujours fait confiance, ce depuis que la cause de notre pays a bien voulu me confier quelques responsabilités importantes.

Permettez-moi, avant de poursuivre mon propos de dire toute reconnaissance à certains Chefs d’État Africains, mes aînés, qui m’ont appelé, non seulement pour s’enquérir de mon état d’esprit mais aussi pour me recommander de la retenue, la pondération et la tolérance.

Je prends en compte leurs conseils ; cependant il m’apparaît incontournable de porter quelques vérités.

Chers compatriotes,

Le 31 décembre, c’est connu, est l’occasion de faire le bilan de l’année qui expire autant que le prétexte de nourrir une espérance pour la nouvelle année.

J’y vois le moment de jeter un regard rétrospectif qui doit conduire à tracer les perspectives du nouvel an qui s’annonce.


L’année 2019 a été rude, pour nombre d’entre nous.

Je pense notamment :

– aux victimes des affrontements intercommunautaires de Béoumi, à celles des inondations de Grand-Bassam, ou plus récemment encore, aux élèves qui ont perdu la vie lors de violences en milieu scolaire.

– aux victimes des innombrables atteintes aux droits humains que notre pays a connu cette année, à la faveur d’un durcissement inouï du régime. Aux journalistes et bloggeurs, cyber-activistes, opposants politiques, simples militants, militaires, arrêtés, emprisonnés, parfois torturés, sous le joug de l’arbitraire.

Je pense aussi aux familles de nos illustres compatriotes qui nous ont quittés cette année. De l’écrivain Bernard Dadié, au grand serviteur de l’Etat, Charles Diby Koffi, en passant par l’idole de toute une génération, Ange Didier Houon, dit Dj Arafat.

Mes chers compatriotes,

Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple où sa uvesauvegarde tient dans sa capacité à discerner les périls auxquauxquels sa marche le confronte.

La nouvelle année 2020 qui s’annonce revêt à cet égard une importance particulière en ce qu’elle constitue l’échéance de l’élection du Président de la République.

Cette période pré-électorale, qui engage le destin de notre Nation, doit préoccuper toutes les ivoiriennes et tous les ivoiriens épris de paix et attachés aux valeurs de démocratie, de liberté et de justice.

Etant acteur de la scène politique de notre pays depuis près d’un quart de siècle, il m’apparait comme un devoir d’interpeller chacun de mes compatriotes sur la conjoncture sociopolitique des dernières semaines de l’année 2019 dont les dernières poussées laissent entrevoir des vents mauvais qui, si l’on n’y prend garde, risquent de compromettre durablement la réconciliation des ivoiriens et conduire à une nouvelle déchirure nationale.

Pour avoir refusé de m’associer au projet de confiscation du pouvoir d’Etat et partant de la démocratie que sous-tendait la création du RHDP unifié, Monsieur Ouattara m’a demandé de renoncer, le 8 février 2019, à mes fonctions de Président de l’Assemblée Nationale. Je l’ai fait, en accord avec ma conscience d’homme libre pour qui toute compromission signifierait un asservissement de ma dignité.

Depuis lors, et vous en avez été témoins, j’ai subi, avec les miens, de façon encore plus violente, avec une hargne redoublée et une haine inexpliquée, de nombreuses attaques du régime.

– épuration de mes collaborateurs et compagnons de toutes les institutions de la République et entreprises d’Etat ;
– harcèlement de mes partisans dans toutes les régions du pays ;
– tentatives diverses d’assassinat et d’enlèvement contre ma personne et nombre de mes proches compagnons de lutte ;
– assassinats hélas de certains de nos militants ;

Si je partage avec vous ces violations, non exhaustives, ce n’est ni pour pleurnicher, ni pour geindre sur notre sort, loin s’en faut !

Mais plutôt pour vous faire prendre conscience que ces attaques représentent à elles seules, des entailles béantes dans la démocratie que nous avons tenté de construire pendant ces trois dernières décennies.

Si vous n’en êtes toujours pas convaincus, ajoutez-y toutes les répressions et autres violations que subit l’ensemble de l’opposition politique, notamment, les membres du Parti Démocratiques de Côte d’Ivoire (PDCI) ainsi que du Front Populaire Ivoirien (FPI), et vous comprendrez ainsi aisément le glissement autocratique du régime actuel.

Il est devenu périlleux d’être opposant en Côte d’Ivoire.

Ivoiriennes, ivoiriens !

Comme vous l’aurez noté, après avoir opté pour la liberté, plutôt que la compromission, j’ai aussitôt entrepris de proposer aux Ivoiriens un nouveau projet, moderne, tourné vers le bien-être des populations, en initiant un mouvement citoyen dénommé Générations et Peuples Solidaire (GPS).

Les activités d’organisation, de promotion et d’implantation de GPS m’ont conduit, comme vous le savez, à effectuer une longue tournée européenne qui m’a tenu hors du pays six mois durant.

En octobre dernier, j’officialisais ma candidature à la présidentielle d’octobre 2020. Dès lors, il s’agissait pour moi de rentrer au plus vite en Côte d’Ivoire, pour lancer véritablement les activités de mon mouvement.

Le 23 décembre 2019, l’avion qui me transportait dans mon pays a été empêché d’atterrir à Abidjan en raison d’un déploiement agressif des forces de défense et de sécurité, aussi bien dans l’enceinte de l’aéroport que sur l’ensemble de la ville, contraignant le pilote à dérouter l’appareil sur Accra au Ghana.

Aussitôt les adhérents de GPS qui s’étaient mobilisé pour m’accueillir ont été pourchassés, dispersés et brutalisés. Les forces de police et de gendarmerie appuyées par des forces parallèles encagoulées ont investi le siège de GPS pour en arrêter les dirigeants.

Dans le courant de la soirée le gouvernement annonçait un mandat d’arrêt contre ma personne ; les motifs évoqués sont :
– tentative d’atteinte à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national ;
– détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de francs CFA.

Le bilan de la répression s’établit ainsi :
– 5 députés de la Nation dont un président de parti politique pour lesquels l’immunité n’a point été levée ;
– deux présidents de partis politiques ;
– des diplomates ;
– des élus locaux ;
– des adhérents et militants de GPS ;
– et bien d’autres sympathisants et membres des partis politiques et mouvements de soutiens arrêtés et jetés en prison.

Je veux ici saluer le courage de tous les militants et des dirigeants de GPS éprouvés. A leurs familles accablées par la douleur de leur absence en ces périodes de fête de fin d’années, j’adresse ma compassion et les assure de mon total soutien. A tous ces amis et frères emprisonnés, j’exprime d’ailleurs toute ma solidarité.

J’en appelle aussi à votre solidarité, ainsi qu’à celle des parlementaires du monde entier, qui voient ainsi cinq de leurs homologues illégalement détenus, au mépris des droits que leur confère leur statut.

Mes chers compatriotes,

Ce soir, je voudrais vous le dire avec gravité :
– ce qui se joue actuellement engage le destin de notre pays ;
– ce qui se joue tient à la sauvegarde de la démocratie dans notre pays

Il ne s’agit ni plus ni moins pour Monsieur Ouattara, en totale violation de la Constitution, que de vouloir faire un troisième mandat, d’ostraciser un candidat déclaré à l’élection présidentielle et de museler définitivement l’opposition politique.

Revenant aux accusations portées contre ma personne :

JAMAIS, je dis bien JAMAIS, il n’a été question pour le candidat déclaré que je suis de tenter une quelconque déstabilisation du pouvoir actuel.

Chers ivoiriennes, ivoiriens,

Vous me connaissez bien ; si j’ai assumé la rébellion de 2002, ce n’est pas maintenant que je me déroberais.

Cela relève des complots dignes des républiques bananières.

L’enregistrement audio que le procureur d’Abidjan a maladroitement servie lors d’une conférence de presse le 26 décembre dernier et supposé m’incriminer a fait plouf !

On aura noté qu’à la question d’un journaliste qui demandait des clarifications sur les circonstances de temps et de lieu de perpétration des faits soi disant de « présomptions d’atteinte à la sureté de l’Etat », le Procureur de la république a répondu : « Je ne sais pas ».

Au surplus, contrairement à ce que le Procureur a affirmé dans sa déclaration liminaire, il ne s’agit pas de propos interceptés au cours d’une écoute téléphonique mais plutôt d’une conversation qui date de 2017.

En effet, à l’époque, alors que mes relations avec le Président de la République commençaient à se distendre, je suis entrepris par un homme d’affaire au motif de me porter secours, selon ses propres termes, face à la tentative d’assassinat dont je serai l’objet de la part du régime d’Abidjan.

Suspicieux, je pris la décision heureuse d’informer les services secrets d’un pays européen et des diplomates. Dès lors, que nous nous sommes aperçus qu’il s’agissait d’une opération montée de toutes pièces depuis Abidjan, en accord avec lesdits services, nous y avons mis un terme. Mes avocats mettront à la disposition du public les échanges de correspondances qui font foi de ma sincérité. Du reste, j’ai évoqué, en son temps, la question avec le Président de la République.

Après vous avoir dit ceci, je vous laisse juges de la sincérité des deux versions qui vous sont servies en vous posant deux questions :

– 1/ comment expliquer l’inaction du Président face à ces faits graves dès réception dudit audio porté à sa connaissance en 2017, soit quasiment trois ans ? Étaient-ils moins graves ?

– 2/ interrogeons-nous pourquoi, c’est seulement après ma déclaration de candidature, et le jour de mon retour en Côte d’Ivoire que le Procureur de la République a été actionné pour engager des poursuites sur des faits dont on dit qu’ils sont aussi graves et dont on a eu connaissance depuis 2017 ?

D’ailleurs le régime ne s’arrêtera pas à cette tentative de me compromettre. Une seconde opération de ce genre sera menée cette fois par un franco-algérien qui me rendit visite à plusieurs reprises aux mêmes fins. Je voudrais vous rassurez, chers compatriotes, ces reliques exhumées en vue de me porter le coup de grâce feront l’objet d’un traitement judiciaire. J’ai donné pleins pouvoirs à mes avocats aussi bien à Abidjan qu’en Europe d’engager des poursuites.

En ce qui concerne l’achat d’une résidence, cette opération a été effectuée de façon régulière et date de 2008.
De surcroit cette opération d’acquisition a été faite à tempérament sur les fonds de souveraineté. Mes avocats là encore, défendront mes droits acquis.

Mes chers compatriotes,

Que personne ne soit dupe, toute cette cabale vise à m’écarter purement et simplement de la course à la présidentielle dont on sait que je suis le favori. Nous sommes en face d’un véritable « law fare », consistant pour les hommes politiques au pouvoir d’instrumentaliser la justice pour combattre des opposants politiques. On veut me faire la guerre avec la loi, en se servant des juges.

Ce mandat d’arrêt lancé contre moi est politique, injuste et infondé. Je le considère comme une trahison.

Tout comme ces trois engagements pris avec moi en 2006 en présence d’un ancien Chef d’Etat et par la suite renouvelés devant un grand guide religieux ivoirien et qui n’ont pas été respectés.

Belle ironie de l’Histoire, M. Ouattara lui-même qui a été victime en 2000 de bannissement de sa candidature se trouve aujourd’hui dans le rôle et la posture de celui qui veut bannir.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

C’est à vous peuple de Côte d’Ivoire qu’il appartient de juger des mérites des uns et des autres. Ma vie toute entière, je me suis engagé dans les causes que je croyais justes et salvatrices pour mon pays, pour mes frères et sœurs, uniquement guidé par l’idéal de liberté et de justice. Je confesse humblement que j’ai pu commettre des erreurs, voire des fautes, mais chaque pas que j’ai posé, je vous l’assure, l’a été dans l’unique but de servir mon pays.

Je me tiens aujourd’hui devant vous avec humilité pour réaffirmer ma détermination à défendre, de toutes mes forces et au prix de tous les sacrifices, les valeurs qui fondent notre nation.

A toutes et à tous, je veux dire qu’il est du devoir sacré d’assumer et d’affermir l’héritage d’une Côte d’Ivoire tolérante, respectueuse de toutes les convictions et de toutes les différences quelles qu’elles soient, car la cohésion de notre nation est à ce prix et se tisse de toutes les fibres de chacune et de chacun de ses filles et fils.

Ne nous résignons pas à laisser ceux qui veulent nous inféoder, engager la Côte d’Ivoire dans une voie qui ne peut que nous conduire à un sinistre où nous serons totalement dépouillés de libertés et de droits pourtant péniblement acquis.

Cette année 2019 ne fut pas que sombre, fort heureusement. Ayant repris toute ma liberté envers les contraintes protocolaires de l’exercice du pouvoir, j’ai pu renouer pleinement avec les réalités ivoiriennes.

Dès le mois de février 2019, je suis allé vivre dans les villages, campements, communes et sous préfectures de l’intérieur de notre pays, le quotidien de nos paysans, de nos mères, de nos frères et nos sœurs de très modeste, voire de très pauvre condition. J’ai touché du doigt l’absence d’eau potable, de courant, de centres de santé, décoles, de sécurité, d’emplois, d’égalité et de justice dont souffrent la plus part de nos concitoyens.

C’est ainsi que j’ai forgé et affermi mon concept d’un développement endoctriné, écologique, moderne pour la Côte d’Ivoire, en mettant en œuvre avec les populations rencontrées, ma triple méthode : analyser ensemble les problèmes, élaborer ensemble les solutions, et mettre en œuvre avec les premiers concernés, lesdites solutions afin d’ancrer notre pays dans une triple culture de l’auto-entreprise, de l’engagement et de l’auto-évaluation critique. Ainsi seulement, un développement réellement durable serait possible en Côte d’Ivoire, car chacun d’entre-nous se sentirait acteur de notre devenir commun, contrairement à la politique ultracapitaliste actuelle où l’argent travaille tout seul alors que des millions de gens ne travaillent pas.

Mes Chers Compatriotes,

Je suis candidat à l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire. Je le réaffirme solennellement devant vous. N’en doutez pas !

Ceux qui ont imaginé un seul instant que je négocierais ma candidature se sont trompés.

Je vous le dis également, grâce à Dieu et au Peuple de Côte d’Ivoire, je gagnerai la prochaine élection présidentielle ivoirienne.

Je tire ma force et mon énergie de la proximité que j’ai avec mes compatriotes et de l’amour que chacun d’eux, au fond de son cœur, me porte.

Mes chers compatriotes,

Dans un monde en mutations rapides, où la transformation profonde de nos sociétés s’accompagne d’une plus grande fragilité de notre environnement écologique et d’une interconnexion des crises économiques, sécuritaires, politiques, sociales, religieuses ou culturelles à l’échelle planétaire, je veux être le Président de la République qui œuvrera sans discrimination pour toutes les Ivoiriennes, pour tous les Ivoiriens, y compris mes adversaires politiques, de quelque temps que ce soit.

Je veux être le Président de la République qui relèvera le défi d’une Côte d’Ivoire réellement unie dans l’effort partagé, dans la connaissance valorisée, dans la dignité des personnes sacralisées et dans une vision d’avenir toujours plus affinée par la promotion de l’intelligence collective et des intelligences individuelles. Mon ambition de changer la Côte d’Ivoire n’est pas mue par la haine, mais par la rigueur et par la compassion nécessaires pour bâtir harmonieusement mon pays natal.

Je veux être Président de la République en gagnant démocratiquement l’élection future, fiers Ivoiriens, car c’est en pratiquant cette civilisation de la relation féconde, de l’ouverture à l’humain que nous ferons advenir, je le crois ardemment, la paix, l’amour et la joie.

J’en appelle donc à chacune et chacun d’entre-vous ! Car la détresse collective qu’on nous impose aujourd’hui ne prospère que dans la faiblesse de notre union. Bâtissons l’union sacrée de toutes les filles et de tous les fils de la Côte d’Ivoire, mais aussi avec tous les amis sincères de notre nation, autour des valeurs de la République égalitaire, fraternelle et libre qui rehaussera notre étendard dans le souvenir de ceux qui viendront après nous, tout en améliorant, autant que faire se peut, notre ressemblance profonde avec Dieu, notre Créateur !

Je tiens à réitérer ici mon attachement à la Paix et à la stabilité de mon pays. Durant toute la période de la longue crise que la Côte d’Ivoire a connue j’ai toujours privilégié, et quelque fois, vous en êtes témoin, au prix même de ma vie, le dialogue et la Paix. C’est grâce à cet engagement en faveur de la paix et de la réconciliation que nous avons réussi la réunification du territoire et l’organisation d’un processus électoral transparent et sans exclusion en 2010.

Je vous souhaite dès lors individuellement, et collectivement, une bonne et heureuse année 2020 ! Que la vie intense, la santé, la paix, la joie et l’amour règnent sur toute notre terre de Côte d’Ivoire et que nous retrouvions une harmonie plus belle, plus vraie et radieuse que jamais auparavant dans notre Histoire ! Et tout ceci, vous le savez bien, dépend aussi et d’abord de nous-mêmes !

Résistance citoyenne pacifique ! Élections inclusives, transparentes, consensuelles et pacifiques en 2020 !

Chers ivoiriens rassemblons-nous autour de notre intérêt commun je vous en conjure !

C’est pourquoi, je fais le vœu que 2020 soit le point de départ d’un nouvel élan qui tisse, par delà nos différences, une alliance nouvelle des Générations pour un Peuple Solidaire.

Que Dieu nous bénisse et bénisse la Côte d’Ivoire.
Dieu est amour !

Je vous remercie.

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