L’histoire explicative de l’origine du peuple Adjoukrou est racontée diversement par les vagues successives qui ont formé l’identité collective Adjoukrou.

On distingue trois souches principales ayant participé à la constitution de l’ethnie Adjoukrou. Nous avons d’abord une souche occidentale avec un rameau primitif qui comprend les villages de Bonn, Boubouri, Débrimou, Armébé, Mopoyem, Lokpou, Agneby, Gaty, Cosrou, Toukpa, Agbaille, Awiya, Youlil, Kaka, Lidj-Nanou, Niam-Niambo et un rameau secondaire comprenant les villages de Orgbaf-Edjem, Kpass, Bodou, et Kpanda. Ensuite nous avons une souche orientale avec un rameau primitif formé des villages de Aklodj-Rogaf et Aklodj et un rameau secondaire qui comprend les villages de Ousrou, Gbadj’n, Yassap, Gbougbo, Okpoyou, et Orgbaf.

Et enfin, nous avons une souche centrale constituée des villages de Lokp-Agninabo, et Tchaha.

Bien que toutes ces souches s’accordent sur une même dénomination (Adjoukrou), le sens de Adjoukrou est polysémique. Un groupe lui donne une étymologie morale: odème krou qui signifie: qui refuse l’injustice. Un autre groupe le dérive de odjème-êgn-krou qui veut dire: qui se croit autosuffisant et ne flatte pas les autres pour vivre. Pour un autre groupe encore, Adjoukrou vient de Sodj et renvoie à l’état de maladie dont l’ancêtre a souffert. Enfin, pour un dernier groupe, l’appellation Adjoukrou est liée au nom de l’ancêtre femme, lodj, qui guérit brusquement (kprou) d’une maladie sur la route de la migration. Cette polémique sur le sens d’Adjoukrou est répétée encore au sujet des récits sur l’occupation du site actuel.

En effet, les récits relatifs à l’occupation du site actuel par les Adjoukrou sont légendaires. Les traditions remontent à leur passage dans le pays Dida, dans la région de Divo. Selon l’histoire, c’est à la suite de conflit avec leur voisin Dida que les Adjoukrou ont quitté le pays Dida pour immigrer au bord de la lagune Ebrié, à Cosrou, puis sur le lieu de leur première installation, appelé Tef, non loin de l’actuel village de Boubouri. L’on situe cette migration vers le milieu ou la fin du dix-huitième siècle.

Cette pénétration a entraîné des conflits entre les Adjoukrou et leurs voisins Ebrié ou alladian déjà présents.

A cette époque, les Adjoukrou avaient pour activité principale la chasse et vivaient dans des campements qui sont à l’origine des villages actuels.

Cependant, une querelle entre deux frères, Amnes et Amnan, scinda les Adjoukrou en deux groupes dont les villages de Boubouri et de Débrimou jouent le rôle de capitales. En effet, Boubouri et Débrimou sont les capitales des deux confédérations que forment les villages Adjoukrou.

🔵HISTORIQUE DE L’INSTITUTION DE L’EBEB

Situé à quatre kilomètres de Dabou, Armébé est un village Adjoukrou du canton de Boubouri. Selon l’histoire, les Adjoukrou sont arrivés entre le dix-septième et le dix-huitième siècle à Armébé en provenance du pays Dida. C’est au cours de cet exode que Akmétché Lock, soeur du chef de la communauté, offrit en sacrifice son fils quand il fallut traverser le fleuve `’Go” situé entre Grand-Lahou et Fresco. D’oû la justification du système matrilinéaire en pays Adjoukrou.

En effet, le chef Akmétché Yro, en reconnaissance de l’acte de sa soeur décida que ses héritiers seraient les enfants de celle-ci, ses neveux.

Dès leur arrivée, les Adjoukrou se sont installés à Cosrou. Cependant, au cours d’une bataille qui opposa les Adjoukrou à leur voisin, le chef Akmétché Yro a été tué. Pour le venger, sa soeur Akmétché Lock s’allie aux autres villages pour combattre l’ennemi. Après la victoire, elle offre un boeuf à ses alliées. Du boeuf offert, les aînés d’Armébé ont exigé d’avoir certaines parties de l’animal notamment la hanche et la mandibule. Toutes choses qui vont fonder l’origine de la fête de l’ebeb qui signifie la prise du pouvoir. Ce pouvoir est géré pendant une période de huit ans non renouvelable par un ensemble de personnes liées par l’appartenance à une même classe d’âge. La première fête de l’ebeb aurait eu lieu au dix-neuvième siècle précisément en 1834. Dès son institution par le village de Armébé, les autres villages Adjoukrou voyant sa portée, vont l’emprunter et le fonder comme moyen de légitimation du pouvoir exécutif.

🔵 STRUCTURES SOCIALES ADJOUKROU

1- Les classes d’âge

Le système des classes d’âge est l’organisation sociale fondamentale. Elle a un rôle social, politique, économique et militaire. Chaque citoyen Adjoukrou appartient pendant toute la durée de sa vie à une classe d’âge bien déterminée. On accède aux classes d’âge après une cérémonie initiatique appelée `’low”. Chaque classe d’âge et chaque sous-classe d’âge ont à leur tête un chef appelé `’milow”.

2- Le système de parenté: les lignages

L’Adjoukrou appartient de par ses ascendants masculins à un lignage paternel (eb) et de par ses ascendantes féminines à un lignage maternel (bosou sougon).

Le rôle du patrilignage apparaît plus dans la vie politique et sociale. Il est de la responsabilité du père de tout mettre en oeuvre pour la célébration de la fête de génération de sa progéniture.

Le matrilignage quant à lui est une unité économique. Elle a, à sa tête le plus âgé de la famille. En effet, c’est le matrilignage à travers le doyen qui détient le capital et les richesses traditionnelles constituées d’or, de pagnes, de bijoux, de numéraires, de plantation et de palmeraies. Jadis, par un système de contrôle étagé des oncles sur les neveux, le patriarche au sommet de la hiérarchie détenait l’autorité supérieure et supervisait le travail de tout le groupe. Il était le garant de la gestion des palmeraies de la famille et il répartissait les fruits du travail selon les besoins des membres du groupe. Toutefois, il prélevait une redevance qui servait plus tard à couvrir les charges de la célébration de l’angbandji des membres de la famille. Cependant, le contexte d’occidentalisation a fait évoluer ces institutions et la structure économique s’est profondément modifiée. Ainsi, la liberté d’entreprendre et l’école conventionnelle ne permettent plus aux jeunes de travailler collectivement dans les palmeraies sous l’autorité du doyen. En dépit de tout, il y a une survivance du rôle du doyen. Il détient encore les richesses familiales et justifie du capital angbandji des membres de la famille.

Ce rôle déterminant du matrilignage tient du fait que la succession est matrilinéaire.

🔵 CROYANCES RELIGIEUSES ADJOUKROU

A l’image de beaucoup de sociétés, le peuple Adjoukrou croit de façon hiérarchisée à l’existence de forces surnaturelles à l’origine des choses. Si le contexte moderne les amène à être monothéistes, il faut dire qu’au départ, ce peuple était polythéiste. Et il y a aujourd’hui encore une survivance des croyances anciennes et un mélange de pratiques religieuses (le syncrétisme).

Le peuple Adjoukrou croit à l’existence d’un être suprême, Nyam, à l’origine de la genèse de l’univers, afr’nunu, et de tout ce qu’il renferme. A cet être, l’on rend un hommage le plus souvent lors des cérémonies, en évoquant qu’il a créé le ciel, afr, et la terre, ouss.

A un stade secondaire, les Adjoukrou croient en l’existence de petites divinités, les génies, hémnisse, qui animent et habitent les éléments de l’univers. Ainsi, avons-nous les génies de la forêt, de l’eau, des cours d’eau, de l’arbre… . Ces entités surnaturelles ont des fonctions dialectiques. Les génies protègent la société contre l’ennemi et la sanctionnent en cas de rupture d’équilibre ou de transgression. Dans la conception des Adjoukrou, ce sont les génies qui sont à la base de la fertilité du sol, de la fécondité, de la réussite de la pêche ou de la chasse et de la sécurité. En cas de courroux, selon que la faute a été commise par un individu, une famille ou le village, ils sanctionnent les fautifs en les privant de leurs bienfaits. Par exemple, le génie de la fécondité en cas de transgression peut infliger la stérilité.

A un troisième niveau, on trouve chez les Adjoukrou, les mânes des ancêtres. En effet, les Adjoukrou pensent que leurs parents morts revivent dans un autre monde. Ainsi, gardent-ils les liens avec eux à travers le culte des morts matérialisé par l’exposition des photos des parents décédés, et membres de la classe d’âge qui célèbre son ebeb, l’offrande de repas sur les tombes. En retour, ils reçoivent de leurs ancêtres la bénédiction et la protection.

Quel que soit le niveau, les cultes sont présidés exclusivement par les aînés sociaux de la communauté ou de la famille selon que le culte concerne tout le village ou uniquement la famille. Enfin, il y a dans les consciences, l’existence de sorciers, ag’nu. Les sorciers sont des individus, membres de la société, qui possèdent des pouvoirs surnaturels. L’on distingue deux types de sorciers. D’une part, il y a les sorciers maléfiques qui consomment `’les âmes”, provoquent les maladies terribles, freinent l’ascension sociale des individus, créent des conflits, et empêchent les récoltes abondantes. En un mot, ils perturbent l’ordre social. D’autre part, il y a les sorciers blancs, ag’mann, qui selon l’imaginaire, protègent les membres du groupe et font obstacle aux projets des forces surnaturelles maléfiques.

Cependant, on constate en pays Adjoukrou, une prédominance du christianisme. Nous avons notamment, les confessions religieuses catholique protestante, harriste et évangélique.

🔵 ACTIVITES ECONOMIQUES

Les atouts du climat et de l’environnement géographique ont favorisé chez les Adjoukrou l’utilisation de ressources multiples.

Cependant, traditionnellement, les Adjoukrou n’étaient pas des cultivateurs et leur économie avait pour fondement la cueillette et la chasse.

Grâce aux commerces avec les populations lagunaires (Ebrié et Alladian), les Adjoukrou se sont adaptés aux techniques de pêche et à la culture du manioc pour donner `’l’attiéké”.

Saisissant la richesse du sol et les vertus de la forêt, ils ont développé la culture du palmier; et la palmeraie hier comme aujourd’hui, reste la principale source de revenu aussi bien pour des particuliers, les familles ou le village. L’importance accordée à la palmeraie lui vaut autour d’elle, l’organisation des rapports sociaux de production et la structuration des rapports de parenté. En effet, la gestion des palmeraies familiales relève de l’autorité du doyen d’âge du matrilignage, c’est-à-dire le plus âgé de la famille. Le doyen d’âge a pour fonction de répartir le travail, de veiller à l’exécution effective des tâches et de redistribuer les revenus engrangés par la palmeraie.

Notons aussi qu’avec l’introduction des cultures de rente, les Adjoukrou sont de plus en plus engagés dans l’hévéaculture. En marge de ces principales activités culturales, ils s’intéressent aux cultures vivrières et la commercialisation de l’attiéké.

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